12.27.08
Déménagement
Ce blog ne sera plus mis à jour. Mon nouveau blog (qui reprend une partie des articles de celui-ci) est ici.
10.31.08
Ce qu’on devrait apprendre aux enfants
Un de mes clients a récemment acheté un ordinateur neuf, plus puissant que tous ceux que j’ai à ma disposition. Il a bientôt eu besoin d’envoyer un email à un grand nombre de destinataires (quelques centaines). Les adresses de ces destinaires étaient générées par un logiciel tiers qui les exportait sous différents formats dont aucun ne répondaient au besoin de mon client qui voulait juste remplir le champ À de son logiciel de messagerie (il ne voulait certainement pas les entrer en contacts). Voici la façon dont il a résolu son problème :
- Génération des listes d’adresses dans le logiciel spécialisé
- Exportation dans le format XML
- Ouverture du fichier XML avec Opera (un navigateur web) qui l’affichait sous forme d’adresses mail séparées par des espaces
- Copier/coller de ces adresses dans son logiciel de messagerie
- Rajout à la main de virgules entre chaque adresse
Et ça pour beaucoup de listes et beaucoup, beaucoup d’adresses. Mon client faisait en gros le travail que son ordinateur aurait dû faire.
Le problème n’est pas que mon client ne savait pas comment programmer son ordinateur pour faire ça, c’est plutôt qu’il n’envisageait même pas que le processus qu’il avait mis au point pouvait être automatisé et délégué à son outil. Nos machines deviennent chaque jour plus puissantes et pourtant nous les considérons de plus en plus comme de simples passerelles vers des ressources diverses (vidéos, textes, réseaux sociaux, etc.) et non comme des calculateurs universels.
Pour lutter contre ce gaspillage, il faut s’entraîner à reconnaître et à analyser les processus, surtout ceux qui sont répétitifs. Il faut apprendre à décomposer les problèmes complexes. Il faut aussi apprendre à programmer pour pouvoir déléguer le plus de travail possible à nos ordinateurs.
Chaque enfant devrait apprendre à programmer. Ils ont d’autres choses à faire que d’agir comme des machines.
09.16.08
Connexions
L’idée est d’offrir un support de communication et de promotion simple d’utilisation. Le support serait une application en ligne (site web) où chaque client membre de l’ASOS aurait un compte.
Chaque adhérent aurait un certain nombre de ressources à gérer :
- Un profil. C’est la partie la plus importante. Ce sont toutes les informations concernant l’adhérent, son nom, ses activités, ses coordonnées, son site web, etc.
- Des fichiers. Une sorte de dépôt dans lequel l’adhérent met les fichiers (n’importe quel sorte de fichier) qu’il propose en téléchargement.
- Un blog. L’adhérent pourra l’utliser comme il l’entend, par exemple pour annoncer des nouveautés, de nouveaux tarifs, des stages etc.
Les visiteurs du site pourront lancer des recherches sur nos adhérents, consulter leurs profils, leurs blogs et télécharger leurs fichiers. Il sera aussi très simple de contacter nos adhérents.
Pensez à un annuaire du Séronais sous stéroïdes.
07.14.08
Nature
Les chasseurs d’ici ont fait un lâcher de faisans près de chez moi. Ma chienne en a attrapé un.
Elle ne l’a pas tué (elle a probablement été dressée comme un chien de chasse), mais le faisan n’était plus en état de repartir, la peur peut-être ou le choc.
Nous l’avons gardé une nuit. Quand on l’a relâché ce matin, il se portait comme un charme, prêt à vivre ses quelques mois de vie sauvage avant d’être exécuté.
07.12.08
Mensonges
Il est difficile d’exprimer ce que l’on voit ou ressent. Mais cela devient impossible si on se sert de lieux communs pour le faire. Il n’y a alors plus rien de vrai, juste du bavardage qui n’apprend rien à personne.
J’habite la campagne depuis déjà longtemps. La vie ici ne ressemble pas à cette vidéo, et la seule fois où j’ai vu des gens s’intéresser à des papillons, c’était pour monter un dossier administratif leur permettant d’occuper un logement abandonné.
Un jour, je trouverai les mots et mes images pour expliquer ce que c’est que d’habiter la campagne française.
05.22.08
Protégeons nos données comme nous-mêmes
Encore Schneier
Dans cet âge de l’information, nous avons tous une ombre numérique.
Nous laissons des traces où que nous allions. Ce n’est pas juste nos comptes en banque et nos portefeuilles d’actions, nos factures détaillées, où sont répertoriés chaque transaction par carte bleue et chaque appel téléphonique. Ce sont aussi les systèmes de paiement des autoroutes, les cartes de fidélité, les guichets bancaires automatiques etc…
Ce sont des traces de nos vies. Nos lettres d’amour et nos discussions entre amis. Nos emails personnels et nos conversations privées. Nos inclinations et positions politiques. Et ça, c’est juste pour les données avec lesquelles nous sommes en interaction directe. Nous avons tous aussi une ombre numérique dans les banques de données de centaines d’entreprises et de vendeurs d’informations – des informations à notre sujet à la fois remarquablement intimes et incroyablement détaillées – sans compter les erreurs que nous ne pouvons ni voir, ni corriger.
Ce qui arrive à ces données a des conséquences sur nos vies.
Ce double numérique ne fait pas qu’exister : il est constamment manipulé. Il est examiné et jugé. Quand nous demandons un prêt, ce sont ces données qui en déterminent l’obtention. Quand on veut prendre l’avion, ce sont encore nos données qui décident de la minutie de la fouille à l’aéroport et même de l’autorisation de monter à bord. Si l’État enquête sur nous, il est probable qu’il le fera en analysant ces données plutôt qu’en fouillant nos domiciles; et pour beaucoup de ces informations, il n’a même pas besoin d’autorisation judiciaire.
Qui contrôle nos données contrôle nos vies.
C’est vrai. Celui qui contrôle nos données peut décider de l’obtention d’un prêt, d’une autorisation de vol, d’un visa. Ou de quelle réduction nous avons droit dans un supermarché, et même du comportement du service clientèle à notre égard. Un employeur potentiel peut, de façon illégale aux États-Unis, examiner notre dossier médical et décider si oui ou non nous avons le poste. La police peut croiser nos données et évaluer notre niveau de dangerosité. Si un criminel met la main sur assez d’informations, il peut se servir de nos cartes de crédit, vider nos comptes d’investissement, vendre nos biens. Le vol d’identité est la preuve ultime que le contrôle de nos données est un contrôle de nos vies.
Nous devons récupérer nos données.
Nos données sont une part de nous-même, une part intime et personnelle, et nous avons des droits fondamentaux à leur égard. Elles doivent être protégées de toute manipulation indésirable.
Nous avons besoin d’un loi générale de protection de la vie privée. Cette loi devrait protéger toutes nos données personnelles et pas seulement les données à caractère médical ou financier. Elle devrait limiter les droits des tiers d’acheter et de vendre nos données sans notre consentement. Elle devrait nous accorder un droit de regard et de correction sur toute information nous concernant détenue par un tiers. Elle devrait interdire à l’État de collecter des informations sans contrôle judiciare. Elle devrait rendre obligatoire la suppression des données et en limiter la collecte si nécessaire. Et prévoir des amendes conséquentes en cas de violation délibérée. [...]
04.20.08
Projets
C’est le printemps et la saison nous force presque à être actif. Je décide donc de me lancer dans deux projets qui devraient m’occuper un bout de temps.
Le premier est la traduction et la mise en page d’un texte de Ossip Mandelstam, Conversation sur Dante.
Le second projet est le même que celui que vient d’achever Eli Bendersky. L’étude approfondie du manuel Structure and Interpretation of computer programs. Ce livre, classique d’informatique, est l’un des meilleurs, toutes catégories confondues, qu’il m’ait été donnés de lire. Il fait partie de ces livres qui ne s’usent pas.
Je renvoie au blog de Eli Bendersky pour les détails. J’utiliserai probablement PLT Scheme ou Ikarus pour l’implémentation des exercices. Je compte aussi écrire les sous-titres français des cours vidéos liés au livre.
J’espère ainsi être digne du printemps.
04.19.08
Fin de la magie Sorokine
Vladimir Sorokine est un des auteurs qui m’ont impressionné. Il a non seulement modifié mes attentes et mes critères d’évaluation de la littérature, mais il a aussi grandement influencé ma façon d’écrire. J’ai traduit plus de pages de Sorokine que de n’importe quel autre écrivain. C’était difficile et formateur.
Il y a une semaine, j’ai voulu relire une pièce de théâtre de lui et n’ai guère dépassé les premières pages. C’était ennuyeux, prévisible. Pire, je savais que je pouvais faire aussi bien ou mieux, que c’était à ma portée, et c’est le signe le plus sûr que la magie d’un auteur n’agit plus.
Ce processus ne touche pas tous les écrivains. Tchekhov est épargné par exemple. Le Don (Nabokov) est encore mieux la troisième fois.
Sorokine est un bon écrivain et il a été novateur. Il n’a plus rien à m’apprendre cependant, sa puissance était limitée.
Mais ses mots et son rythme sont en moi. Je sais ça.
03.26.08
Vie privée et pouvoir
Je poste la traduction d’une partie d’un article important de Bruce Schneier, expert en sécurité.
Quand j’écris ou que je parle de vie privée, on m’oppose régulièrement l’argument de la transparence mutuelle. Théorisée dans des livres comme celui de David Brin «La société transparente», la transparence mutuelle signifierait que dans un monde de surveillance totale, vous savez certes tout de moi mais je sais aussi tout de vous. L’État nous surveille mais nous surveillons aussi l’État. Bien que différent du passé, cet arrangement social ne serait pas forcément pire. Et parce que je connais tous vos secrets, vous ne pouvez pas utiliser mes secrets contre moi.
Ce n’est peut-être pas l’idée que chacun se fait de l’utopie – et elle ignore évidemment la valeur inhérente de la vie privée – mais c’est une théorie séduisante qui pourrait presque passer pour une solution à l’érosion continuelle de la vie privée causée par la technologie. Sauf qu’elle ne marche pas. Elle néglige en eflet les asymétries de pouvoir. (…)
Si je vous donne des informations personnelles, votre pouvoir sur moi augmente. Si, à votre tour, vous me dévoilez des choses sur vous, nous aurons tous deux moins de vie privée mais la balance de pouvoir sera restaurée. À supposer, bien sûr, que cet équilibre ait été présent à l’origine, sinon ce mécanisme échoue lamentablement.
Un exemple rendra cela plus clair. Vous êtes arrêté par un policier qui vous demande vos papiers. Si vous donnez cette information, le policier aura un énorme pouvoir sur vous : il peut interroger sa base de données, il peut ouvrir un dossier sur vous, il peut inscrire votre nom sur telle ou telle liste de personnes à surveiller. Savoir le nom ou l’adresse du policier ne vous donne pas de pouvoirs comparables sur lui. L’asymétrie est trop grande et la transparence mutuelle n’est d’aucun secours.
C’est le principe qui devrait guider les décideurs politiques quand ils envisagent l’installation de caméras de surveillance ou la mise en place d’outils de collecte d’informations. La transparence n’est pas suffisante. Le fonctionnement de l’État est optimisé quand la différence de pouvoir entre les gouvernants et les gouvernés est à son minimum – quand la liberté est répandue et le contrôle limité. La transparence forcée de l’État réduit le différentiel de pouvoir entre les deux et est en général une bonne chose. La transparence forcée des gens ordinaires augmente ce différentiel et est en général à éviter. (…)
Les programmes de surveillance généralisée de la population sans contrôle judiciaire, comme le programme d’écoute de la NSA ou les diverses projets visant à surveiller l’ensemble des communications Internet, renforcent le contrôle étatique. Et personne n’est en sécurité dans un système politique de contrôle.